À Tijuana, inquiétudes autour de la prolifération du fentanyl

La consommation du fentanyl, réputé pour être “cinquante fois plus puissant que l’héroïne”, ne cesse de croître chez les toxicomanes de la ville de l’extrême nord du Mexique, à la frontière des États-Unis. Chercheurs et associations réclament des moyens et alertent sur le développement de son commerce illégal dans le reste du pays, raconte Vice.

Lorsqu’une distribution de seringues propres et de trousses de premiers soins démarre sous un pont mexicain, à quelques mètres du poste-frontière de San Ysidro, entre Tijuana (Mexique) et San Diego (États-Unis), la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Depuis les tunnels asséchés du fleuve, une file se forme vite, raconte Vice, grossie par le flux des toxicomanes qui hantent cette zone de trafic et d’errance surnommée “El Bordo”.

Dans la ville de Tijuana, où l’héroïne cause des ravages, un opioïde venu des États-Unis s’est imposé au cours des dernières années, conduisant “non seulement à une augmentation des overdoses, mais aussi à une guerre pour le contrôle de la zone qui a fait monter en flèche les niveaux d’homicides”, écrit le magazine américain. La popularité du fentanyl laisse les associations démunies. Cet antidouleur délivré sur ordonnance et détourné comme drogue, est réputée pour avoir des effets “cinquante fois plus puissants que l’héroïne”.

“Tout le monde en consomme. Tout le monde s’installe, se fait une injection, reste là évanoui et puis parfois la police arrive et embarque quelques uns d’entre nous, ou bien nous chasse de là”, témoigne Stéphanie, 32 ans, une consommatrice de cet analgésique puissant et provoquant une forte dépendance, qu’elle désigne sous son appellation locale, “la china” : 

Tous les jours, c’est pareil, c’est une routine.”

Une “poudrière” qui pourrait enflammer le reste du pays

La situation sur place est “une poudrière”, alerte Jaime Arredondo, un chercheur mexicain qui accompagne l’association PrevenCasa dans la ville souvent citée comme étant la plus meurtrière du Mexique.

En 2018, le candidat Andrés Manuel López Obrador s’était engagé à résoudre le problème de la drogue après sa prise de fonctions. Trois ans plus tard, “il n’y a aucun site officiel d’injection supervisée à Tijuana”, et Jaime Arredondo déplore que le président mexicain ait réduit le financement des fondations et organisations de prévention.

Pourtant, la demande est là et le nombre de personnes à la rue est “choquant dans toute la ville”. “Nous sommes en pleine pandémie et nous sommes lancés dans une grande transformation de notre gouvernement, se justifie Gady Zabicky, le chef de la Commission nationale mexicaine contre les toxicomanies, mais nous gardons l’objectif en tête.”

Au cours de l’année 2021, les autorités mexicaines ont constaté “une forte augmentation des saisies de comprimés de fentanyl, connu sous le nom de M-30”, rapporte Vice. Vendus chacun environ 2,50 dollars, ces comprimés contrefaits pourraient bientôt être vendus dans d’autres régions du pays, note le journal. “Les conséquences seraient désastreuses”.

Les États-Unis, où 93 000 morts par surdose – toutes drogues confondues – ont été recensés l’an passé, donnent un aperçu effrayant du drame qui pourrait se jouer au Mexique si l’engouement pour le fentanyl se poursuit. Les opioïdes ont plongé le pays voisin dans une grave crise de santé publique. Si des moyens financiers et humains ne sont pas mobilisés par le gouvernement mexicain, elle menace de se répandre dans le sud du pays.

Source

Lancé en 1994 à Montréal (Québec) comme un magazine alternatif et underground, Vice est devenu un poids lourd de l’information en ligne, avec des bureaux dans 35 pays différents et “1 700 contenus publiés par jour”, notamment des

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