Instagram lance en France une campagne nationale de lutte contre le cyberharcèlement

L’application, soutenue par Brigitte Macron, mobilise une dizaine d’influenceurs et soutient les actions de prévention d’associations dans les collèges.

Pour Adam Mosseri, le patron d’Instagram, le cyberharcèlement est un «sujet prioritaire». C’est pourquoi la filiale française d’un des réseaux sociaux les plus prisés des adolescents lance une campagne d’information et de sensibilisation sur cette problématique. Cette dernière va prendre deux formes.

Instagram va «accompagner» les associations Génération Numérique et e-Enfance afin d’organiser des sessions de prévention dans 300 collèges au cours de l’année scolaire. Enfants comme parents seront concernés afin d’être sensibilités à la question du cyberharcèlement, d’apprendre à s’en protéger et de savoir comment aider les victimes.

«Nous ne serons pas là pour faire la promotion d’Instagram. Nous parlerons de toutes les plateformes», explique le délégué général de Génération Numérique Cyril Di Palma. Le matériel pédagogique utilisé par l’association a vérifié par le ministère de l’Education nationale. «Cette campagne est l’une des ressources mise à la disposition des écoles» dans le cadre du programme national de lutte contre le harcèlement. «Les sessions de prévention peuvent être organisées par les professeurs, ou bien par nous, associations», poursuit Cyril Di Palma.

Des influenceurs impliqués dans la campagne

En parallèle, une douzaine d’influenceurs français vont multiplier les vidéos pour inciter leur communauté à s’engager contre le cyberharcèlement, mais aussi faire découvrir les options mises en place par Instagram pour limiter les messages indésirables. Parmi celles-ci, le filtrage automatique des messages privés écrits par des inconnus et qui contiennent des mots-clés interdits. Cette option, à activer dans les paramètres de l’application, est en cours de test en France.

«Les gens ne sont pas au courant de l’existence des outils anti-harcèlement d’Instagram», a expliqué lors d’une table-ronde l’influenceur Just Riadh. Brigitte Macron, qui soutient l’initiative d’Instagram, a salué l’implication de ces célébrités du Web «qui, elles, savent parler aux jeunes.» La première dame a rappelé que la question du cyberharcèlement était d’une «actualité brûlante» en France avec la campagne virale #Anti2010, qui incite à s’en prendre aux jeunes élèves tout juste entrés en 6ème. Le phénomène a alerté le ministère de l’Education nationale, qui a demandé aux réseaux sociaux d’intervenir au plus vite.

Un soutien avec des réserves de Brigitte Macron

Brigitte Macron a salué les diverses actions d’Instagram dans la lutte contre cyberharcèlement et la rapidité de la plateforme pour supprimer les comptes «fisha», qui diffusent des photos et vidéos intimes de jeunes filles sans leur consentement afin de les «afficher». Mais la première dame a aussi émis des réserves. «Le problème majeur demeure : celui du danger [d’Instagram] pour la santé mentale des jeunes. Il y a des rapports accablants et d’autres nuancés. C’est un problème difficile à appréhender.»

Brigitte Macron fait référence à une enquête parue la semaine dernière dans le Wall Street Journal, qui explique qu’Instagram a mené des recherches pour mesurer l’impact de son service sur la santé mentale des adolescents. Il en est ressorti qu’Instagram aggrave le mal-être d’un tiers des jeunes filles souffrant de complexes physiques, et que 13% des adolescents suicidaires britanniques estiment que le réseau social est à l’origine de leur envie de mourir. Ces rapports n’étaient jamais sortis de l’enceinte du groupe Facebook.

«Oui, nous menons des recherches pro-actives pour réduire ce que nous appelons la comparaison sociale négative», a expliqué lors de la table-ronde Adam Mosseri. «Nous ne voulons pas que les gens se sentent mal et c’est un problème que nous voulons résoudre. Mais la réponse à apporter n’est pas si simple.» Pour le dirigeant d’Instagram, «les réseaux sociaux ont des effets positifs ou négatifs selon les personnes, et aussi chez une même personne (…) Je suis fier que nous ayons mené ces recherches, je crois que nous sommes les seuls à l’avoir fait.»

L’enquête du Wall Street Journal a provoqué l’ouverture d’une enquête parlementaire aux Etats-Unis, et ce alors qu’Instagram travaille sur une version pour enfants de son application, censée être interdite aux moins de 13 ans. Ce projet, dévoilé par la presse, a suscité une levée de boucliers en Amérique. «Créer un Instagram pour les enfants, où les parents pourront superviser et contrôler ce qu’il s’y passe, me paraît plus sécurisant que de voir des enfants s’inscrire sur Instagram en mentant sur leur âge», argue Adam Mosseri. «Nous savons que ce projet est surveillé de près. Mais nous pensons que c’est la meilleure chose à faire.»

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