J’ai vu Cuba se déliter de l’intérieur

Depuis le 11 juillet, des manifestations antigouvernementales d’une ampleur inédite ont éclaté dans tout le pays. Pour ce professeur d’histoire cubain, résidant aux États-Unis depuis 2013, ce mouvement est symptomatique de la lente érosion du système politique castriste.

Tous les jeudis à 17 heures, ma grand-mère entrait dans sa chambre, fermait la porte à clé et réglait son transistor fabriqué en URSS sur Radio Martí, une station basée à Miami et dirigée par des exilés cubains qui avaient fui la révolution de Fidel Castro. Elle réglait toujours le volume à peine au-dessus du murmure. “Les murs ont des oreilles”, disait-elle.

Elle vivait à La Havane, elle était une citoyenne ordinaire et obéissante, mais comme tous les autres membres de ma famille, elle évitait de parler de sujets politiques délicats au téléphone de peur que les lignes ne soient sur écoute. Nous agissions comme si l’État avait toujours le regard braqué sur nous. Sa présence était partout.

Plusieurs choses étaient interdites à la génération de ma mère dont, entre autres, écouter les Beatles, être ouvertement homosexuel, manifester des croyances religieuses et lire certains livres. À la fin des années 1980, je portais les mêmes vêtements que tout le monde, je recevais la même éducation et j’utilisais la même marque de dentifrice, Perla, qui était la seule que l’on pouvait se procurer. L’autonomie individuelle et la liberté de choix n’existaient pas.

Chute de l’URSS et libéralisation

J’ai vécu mon enfance dans l’ombre de Castro et j’ai vu l’échafaudage de l’État commencer à s’effondrer. Je me souviens que l’année de mes 9 ans, en 1992, les rayons des magasins où se trouvaient les pommes soviétiques se sont retrouvés complètement vides. Il y a aussi eu ce jour tragique où mon petit camion de pompiers rouge, fabriqué en Allemagne de l’Est, s’est cassé. C’était le dernier jouet qui me restait.

L’Union soviétique s’était effondrée et Cuba, une économie parasite qui n’avait pas grand-chose à offrir au marché mondial et dont les souffrances étaient accentuées par le blocus américain, perdit 85 % de son commerce extérieur. Cela déclencha une grave crise humanitaire. Très vite, il n’y eut plus d’électricité. Pour supporter la chaleur intense des Caraïbes, nous dûmes monter nos matelas sur le toit. Les moustiques firent en sorte que les nuits sous les étoiles des Tropiques n’aient rien de l’expérience romantique fantasmée.

“Le bon vieux temps revient”, déclara mon grand-père un beau jour de 1994 en posant son journal sur la table. Castro

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Jorge Felipe-Gonzalez

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Jorge Felipe-Gonzalez est un professeur d’histoire cubain âgé de 38 ans. Formé à l’université de La Havane, il s’installe aux États-Unis en 2013 grâce à une bourse de recherche, financée par Harvard. Spécialiste de la traite d’esclaves au XIXe siècle, il est aujourd’hui professeur à l’Université du Texas à San Antonio.

Source

L’anticipation est l’un des points forts de The Atlantic depuis sa création en 1857. Cette vénérable publication, où écrivent les plumes les plus prestigieuses du moment, a su mieux que tout autre magazine américain prendre le

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