« Jamais née au même endroit », les origines martiniquaises de Joséphine Bake

Près de cinquante ans après sa mort, l’artiste franco-américaine entrera au Panthéon en novembre prochain. Militante antiraciste, ce sera la première femme noire à être panthéonisée.

Jeanne Péru-Gelly

Publié le 23 août 2021 à 15h38,

mis à jour le 23 août 2021 à 17h23

Le 30 novembre prochain, Joséphine Baker sera la première femme noire à entrer en Panthéon. Danseuse, chanteuse, espionne, figure de la lutte antiraciste… La meneuse de revue franco-américaine a eu mille vies. Une existence bien remplie qui n’a pas empêché l’interprète de « J’ai deux amours » de romancer son existence, notamment dans les six autobiographies qu’elle a rédigées, souvent contradictoires.

« Si vous lisez toutes les biographies de Joséphine Baker qui sont parues au cours de sa vie, donc qu’elle a réellement écrites, à chaque fois il y a des choses différentes. Elle n’est jamais née au même endroit, elle n’a jamais le même nom », détaille Jacques Pessis, qui a écrit une biographie de l’artiste en 2007. Joséphine Baker a par exemple déclaré à la presse avoir des parents d’origine martiniquaise. Une information hautement improbable selon le biographe. « Elle n’a pas connu son père, sa mère est née dans le Missouri. Donc je pense que les origines martiniquaises ça fait partie de ces légendes qu’elle aimait faire courir pour le plaisir de faire de la communication. C’était une reine du marketing avant la lettre », explique-t-il.

Femme de combat

La « communication » et le « marketing », Joséphine Baker s’en est servi pour mener des combats politiques. Devenue une star internationale, elle a notamment lutté toute sa vie contre le racisme. « Elle va devenir celle qui défend la cause de ses frères et de ses sœurs. Ce combat de sa vie, il a continué jusqu’au bout, puisque à chaque fois qu’elle partait dans un pays, elle défendait la cause des siens, explique Jacques Pessis. Elle a été aux côtés de Martin Luther King, elle a multiplié les pétitions jusqu’au bout. Elle était très en avance sur son temps. »

Elle a pris le risque de porter la voix de ses frères et sœurs pour justement qu’on les considère comme des êtres humains et pas du tout comme des êtres à part. Elle y est parvenue, et je pense que si aujourd’hui le racisme est combattu, elle est la pionnière du genre.

Jacques Pessis, auteur d’une biographie de Joséphine Baker.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Joséphine Baker s’engage dans la Résistance. Encore une fois, elle se sert de son immense notoriété pour arriver à ses fins. « Pendant deux ans, elle va parvenir à faire passer des messages à la résistance, des messages qui ont été copiés à l’encre sympathique sur des partitions qu’elle transporte, détaille Jacques Pessis. Bien sûr aux frontières personne ne lui demande un papier, un passeport. On la reconnaît, on lui demande simplement des autographes ! » 

La sixième femme panthéonisée

Les enfants de Joséphine Baker se battent pour faire entrer leur mère au Panthéon depuis une dizaine d’années. En mai dernier, Brian Baker, l’un de ses fils, lance une pétition en ligne, qui recueille près de 40 000 signatures. Plusieurs personnalités, notamment le présentateur Stéphane Bern ou l’artiste d’origine guadeloupéenne Laurent Voulzy, soutiennent publiquement cette panthéonisation. « Ça me semble juste et ça me semble le bon moment. Pendant des années, Joséphine Baker a été totalement oubliée. Quand j’ai écrit sa biographie personne ne savait plus qui elle était, explique Jacques Pessis, qui se dit « heureux » de l’entrée prochaine de l’artiste au Panthéon. « Je crois qu’une femme qui défend aujourd’hui la résistance, la France -puisqu’elle a combattu pour le général de Gaulle- qui défend l’antiracisme, c’est dans l’air du temps. C’était le moment ou jamais. »

En novembre 2021, Joséphine Baker sera la sixième femme -sur quatre-vingt-une personnalités- à entrer au Panthéon. Mais le corps de l’artiste, décédée en 1975 et enterrée à Monaco, ne sera pas transporté à Paris selon l’AFP. La République rendra hommage à Joséphine Baker symboliquement, en installant au Panthéon un tombeau vide et une plaque.

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