la communauté LGBT défie Orbán

Des milliers de Hongrois ont participé samedi 24 juillet à la marche annuelle des fiertés à Budapest, pour protester contre la récente loi de l’ultraconservateur Viktor Orbán interdisant la représentation de l’homosexualité à l’école.

L’édition 2021 de la marche hongroise des fiertés n’avait pas renoncé à son “ambiance festive”, avec son quota réglementaire de chansons d’Abba et de drapeaux arc-en-ciel, observe le site européen de Politico. “Mais il y avait aussi, chez les participants – parmi lesquels beaucoup de lycéens – le sentiment de prendre part à un acte de défiance”.

Une analyse partagée par CNN, qui estime que le défilé était aussi “une manifestation”, alors que “la population LGBT et ses alliés se mobilisent contre la politique de plus en plus hostile du pays envers leur communauté”.

La chaîne américaine a parlé à Andras Szolnoki, 55 ans, un anthropologue originaire de l’est du pays, venu protester contre “le régime d’Orbán et défendre les droits des personnes LGBT, qui sont la cible du gouvernement depuis quatre ans”. Pour le militant, le défilé de samedi était “plus qu’une marche. C’était la Hongrie rejoignant les Européens, une démonstration d’égalité”.

C’est le vote récent de la loi interdisant la représentation de l’homosexualité auprès des mineurs, et notamment à l’école, qui a mis le feu aux poudres. Une loi jugée discriminatoire par l’Union européenne (UE), qui a engagé des poursuites légales contre la Hongrie.

Opportuniste

Piqué au vif et s’estimant harcelé par les Européens, Viktor Orbán a enfoncé le clou cette semaine en promettant un référendum sur le sujet. Le site conservateur Hungary Today, qui ne souffle mot de la marche de samedi, reproduit en revanche in extenso les propos d’Orbán pour justifier sa loi et son référendum.

Les Européens “nous mettent une énorme pression”, a ainsi déclaré le Premier ministre dans une allocution le 23 juillet. “Ils font du chantage, nous menacent, lancent des procédures d’infraction, retardent les paiements. Mais nous ne céderons pas, car c’est le futur de nos enfants qui est en jeu”.

Pour beaucoup, cependant, la posture d’Orbán est avant tout opportuniste : les élections législatives, prévues l’an prochain, s’annoncent serrées et le Premier ministre chercher à consolider sa base.

Après les immigrés, bête noire du gouvernement ces dernières années, “ils ont besoin d’un nouveau groupe à détester”, déclare au Guardian Máté Dániel Szabó, de l’Union hongroise pour les droits civils. “Je crois qu’il n’y a aucun autre gouvernement en Europe, pas même en Pologne, qui incite aussi ouvertement à la haine contre les gens”.

Radio Free Europe-Radio Liberty rappelle d’ailleurs qu’Orbán avait déjà ciblé la communauté LGBT l’an dernier, en interdisant notamment “l’adoption par les couples de même sexe”, et en rendant impossible “le changement de genre dans les documents personnels officiels”.

Soutien étranger

Deux petites contre-manifestations avaient été organisées samedi par des militants d’extrême-droite, rapporte Sky News, mais leurs rangs clairsemés faisaient pâle figure à côté des 30 000 participants – selon les organisateurs – de la marche des fiertés. Ils n’en restaient pas moins “bruyants et belliqueux”, selon le correspondant de la chaîne britannique.

“Quand j’ai parlé à certains d’entre eux, la bile suintait de leurs paroles, avec leurs histoires fantaisistes d’enfants poussés vers l’homosexualité à la maternelle ou forcés à changer de sexe”, dit-il.

Face à ces militants pro-Orbán, les manifestants hongrois ont pu compter sur l’appui de leurs voisins européens, souligne El País : plus de 40 ambassades et institutions culturelles étrangères avaient publié une déclaration commune de soutien, et plusieurs députés et ambassadeurs européens ont participé au défilé.

“Nous sommes favorables à ce que des mesures soient prises dans tous les pays pour garantir l’égalité et la dignité de tous les êtres humains, quelle que soit leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre”, ont écrit les signataires.

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