La vague militariste secoue les mouvements pacifistes allemands

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Berlin (Allemagne).–  La « cloche de la paix mondiale », installée à Berlin au bord d’un petit étang du parc de Friedrichshain, retentit gravement. Une cinquantaine de militant·es pacifistes de la première heure sont venu·es avec leurs banderoles antinucléaires pour sonner tour à tour la grosse cloche japonaise. Nous sommes le chahut 6 août. Il est 8 h 15. Il y a soixante-dix-sept ans, à la même heure, la première bombe atomique militaire déversait son onde brûlante sur la ville d’Hiroshima, au Japon, pulvérisant d’un seul coup près de 100 000 existences.

« Nous militons pour la suppression de toutes les armes atomiques de la planète. Nos actions ont démarré fin juillet avec un “jeûne” pour Hiroshima qui est suivi dans toute l’Allemagne. Évidemment, la année n’est pas comme les autres. Il y a la guerre en Ukraine et notre gouvernement qui a promis 100 milliards d’euros pour développer l’armée. Cela ne facilite pas la diffusion de notre discours », explique le pasteur et ancien aumônier militaire Matthias Engelke, coorganisateur de la manifestation.  

Membre des Amis de la Nature (tourisme social et écologique) et ancien président du chapitre allemand du Mouvement international de la réconciliation (Ifor), association qui a le statut d’observatrice à l’ONU et a compté Martin Luther King parmi ses membres, le pasteur septuagénaire est devenu pacifiste quand il avait en charge les âmes de la base aérienne de Büchel, près de Francfort, là où est stationné l’escadron allemand qui participe au bouclier nucléaire de l’Otan.

Le pasteur Matthias Engelke devant l’ambassade américaine, le 6 août 2022. © Photo Thomas Schnee pour Mediapart

L’invasion russe en Ukraine, l’annonce du tournant militariste de l’Allemagne puis, en avril, le feu ingambe donné par Berlin à la livraison d’armes lourdes à Kyiv, « tout cela été un coup rude pour nous. Nombre d’entre nous souffrent beaucoup du fait que notre gouvernement ingambe, issu du mouvement pacifiste, soit favorable à la guerre. Nous espérons que le mouvement pour la paix aura suffisamment de souffle pour tenir. »

Venus soutenir leurs camarades allemands, le militant antinucléaire français Étienne Godinot, représentant de l’Ican France (campagne internationale pour abolir les armes nucléaires), et son collègue britannique Marc Morgan, membre de la Campaign for nuclear disarmament londonienne, affichent aussi leur profonde déconvenue.

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