Le Pérou célèbre 200 ans d’indépendance avec un nouveau président

Le Pérou a célébré le 28 juillet le bicentenaire de son indépendance, avec la prestation de serment de son nouveau président, Pedro Castillo. Dans son discours d’investiture, l’ancien instituteur a promis de gouverner “avec le peuple et pour le peuple». Mais dans un pays divisé comme jamais, la tâche s’annonce titanesque.

“Il a fallu attendre 200 ans pour qu’un instituteur rural, fils de paysans, occupe une fonction de cette envergure, participe à l’histoire républicaine et préside aux destinées du pays”, observe le quotidien de gauche La República dans son éditorial.

Dans un pays historiquement gouverné par la droite et les classes aisées, l’arrivée au pouvoir de Pedro Castillo, champion de la gauche radicale, représente un séisme politique que le nouveau président n’a pas hésité à souligner.

“C’est la première fois que notre pays sera gouverné par un paysan, quelqu’un appartenant comme beaucoup de Péruviens à des populations opprimées pendant des siècles. Il est difficile d’exprimer l’immense honneur que cela représente pour moi”, a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par le quotidien de centre droit El Comercio.

Devant plusieurs chefs d’États latino-américains et le roi d’Espagne Felipe VI, M. Castillo a promis de gouverner “du bas vers le haut” pour lutter contre les inégalités. “La priorité de son nouveau gouvernement, a-t-il dit, sera la campagne de vaccination contre le coronavirus, l’accès à la santé, la revitalisation économique, l’amélioration de l’éducation et l’aide aux populations rurales pauvres”, détaille le Washington Post.

Face aux critiques inlassables de sa concurrente de droite à l’élection présidentielle, Keiko Fujimori, qui agite comme un épouvantail le spectre du communisme, le nouveau président a martelé qu’il n’avait aucune intention de nationaliser l’économie et que la propriété privée serait garantie. Il compte en revanche s’attaquer aux “monopoles” et réviser les contrats jugés trop généreux avec les compagnies étrangères exploitant les ressources minières du pays.

Conservatisme

Mais le nouveau chef d’État n’aura pas la tâche facile : la moitié du pays lui est hostile, il est en minorité au parlement et Mme Fujimori n’a pas caché qu’elle serait une opposante irréductible. L’installation d’une assemblée constituante, chargée de rédiger une nouvelle Constitution, aura valeur de test.

Dans son éditorial, El País estime qu’il incombe désormais à M. Castillo de “recoudre” le pays et de gouverner “sans chercher la vengeance ou la revanche réclamées par certains de ses partisans”. Quant à la droite, elle devra “assumer et respecter qu’en ce jour du bicentenaire du Pérou, un instituteur rural est devenu, en toute légitimité, le président d’un pays qui a historiquement discriminé les secteurs qu’il représente”.

Sur les ondes de la radio péruvienne RPP, la politologue Katherine Zegarra souligne le caractère “symboliquement très fort” du discours de Pedro Castillo, dans sa référence aux classes historiquement marginalisées.

Mais elle remarque aussi que le conservatisme social du nouveau président – notamment en matière de droit des femmes et des communautés LGBT – était également manifeste. “Il est vrai qu’il était important de rappeler que notre pays est centralisé et qu’il a des relents de colonialisme”, a-t-elle déclaré. “Mais nous sommes aussi un pays homophobe et machiste. Et il n’a pas eu un mot pour ces groupes sociaux, qui méritent d’être considérés”.

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