Les évacuations se poursuivent à Kaboul, sous la menace de nouveaux attentats

Les évacuations ont repris vendredi à l’aéroport de Kaboul, au lendemain de l’attentat-suicide qui a fait plus de 170 morts, selon un dernier bilan. Washington a mis en garde contre des risques “précis et crédibles” de nouvelles attaques meurtrières d’ici au 31 août.
 

La porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, n’y est pas allée par quatre chemins pour décrire les risques qui entourent les derniers jours de la mission d’évacuation américaine en Afghanistan : “Les prochains jours de la mission seront les plus dangereux à ce jour”, a-t-elle assuré, selon le Los Angeles Times.

Elle se faisait l’écho du porte-parole du Pentagone, John Kirby, qui a révélé dans la journée, sans donner davantage de détails, l’existence de “menaces précises et crédibles à l’encontre de l’aéroport” de Kaboul d’ici au 31 août, date butoir du retrait américain fixé par le président Joe Biden, selon CBS News.

L’attentat-suicide de jeudi, revendiqué par la branche afghane de l’État islamique (EI-K) – les forces américaines ont précisé vendredi qu’il n’y avait eu qu’une attaque, et non deux, contrairement aux annonces initiales – a fait au moins 170 morts, dont 13 soldats américains, selon un dernier bilan.

“Nous avons vu de nos propres yeux à quel point cette mission était dangereuse, mais EI ne nous dissuadera pas de la mener à son terme”, a déclaré le général américain Hank Taylor, promettant que les évacuations seraient conduites “jusqu’au dernier moment”. Plus de 100 000 personnes ont déjà été évacuées depuis la mi-août.

“Deuxième phase”

Conformément à la promesse de Joe Biden, qui avait lancé jeudi aux responsables de l’attentat : “Nous vous pourchasserons et nous vous ferons payer”, les États-Unis ont procédé vendredi à leur première frappe contre EI-K, selon NPR.

Le Pentagone a annoncé qu’une frappe de drone visant un “organisateur” du groupe avait été menée dans la province de Nangahar et que “la cible semblait avoir été tuée”, sans faire de victimes civiles, précise la radio américaine.

Alors que des milliers de ressortissants américains et afghans, encore en attente d’exfiltration, voient s’approcher avec inquiétude la date butoir de mardi, les talibans ont assuré vendredi que “tout Afghan muni de documents légaux pourra voyager à l’étranger”, après la fin des évacuations – une promesse en laquelle les Afghans ne croient guère, selon The Hill.

La plupart des pays européens – dont la France – ont achevé leurs opérations d’évacuations entre jeudi et vendredi, mais certains veulent mettre en place une “deuxième phase” de ponts aériens, à visée humanitaire, pour faire sortir du pays les Afghans qui le souhaitent, “notamment les femmes et les enfants”, rapporte le site espagnol El Confidencial.

Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a ainsi lancé un appel à ses partenaires européens pour “agir de concert”, selon le site. “Nous devons nous occuper des réfugiés, et tout particulièrement des réfugiées”, a-t-il dit. Des réunions “au plus haut niveau” entre Européens devraient être organisées prochainement.

Fin des représentations diplomatiques

Le Royaume-Uni, qui a annoncé que trois de ses ressortissants – dont un enfant – avaient été tués dans l’attentat de jeudi, a lui aussi bouclé son opération d’évacuation. Mais le gouvernement a fait l’objet de nombreuses critiques, des centaines de Britanniques et d’Afghans éligibles n’ayant pu être évacués à temps, souligne The Guardian.

Le Premier ministre Boris Johnson s’est défendu comme il a pu. “Évidemment, alors que nous approchons des dernières heures de l’opération, il y aura malheureusement des personnes éligibles qui n’auront pas pu passer”, a-t-il reconnu. “Ce que je veux leur dire, c’est que nous remuerons ciel et terre pour les aider à sortir, nous ferons tout notre possible lors de la deuxième phase”.

La fin des évacuations marque aussi la fin des représentations diplomatiques de nombreux pays occidentaux à Kaboul.

Les talibans ont demandé aux Américains de maintenir une présence diplomatique en Afghanistan, mais Washington “veut voir si les talibans tiendront leurs promesses et seront capables d’adopter les règles internationales en matière de droits humains et de lutte contre le terrorisme, entre autres sujets”, explique le Los Angeles Times. “Et beaucoup, parmi les Afghans et la communauté internationale, doutent qu’ils y parviendront”.

En outre, une présence diplomatique viendrait à reconnaître le régime. Or “la Maison-Blanche a rejeté vendredi toute possibilité d’une reconnaissance dans l’immédiat du régime des talibans par les États-Unis ou leurs alliés”, écrit Le Soir. “Je veux être très claire : il n’y a aucun empressement à une quelconque reconnaissance par les États-Unis ou les partenaires internationaux avec qui nous avons discuté”, a déclaré la porte-parole de Joe Biden.

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