L’opposition russe manifeste contre la “fraude massive” aux législatives

Un millier de manifestants se sont rassemblés samedi à Moscou à l’appel du parti communiste, pour dénoncer des fraudes massives lors des dernières élections législatives. Vladimir Poutine a assuré pour sa part que le scrutin s’était déroulé “dans le strict respect de la loi».

Le président russe a beau avoir neutralisé ou exclu la plupart de ses détracteurs en amont des récentes élections législatives – notamment le principal d’entre eux, Alexeï Navalny –, une poignée d’irréductibles se sont rassemblés samedi à Moscou pour critiquer les résultats, alors que Vladimir Poutine rencontrait les chefs des partis représentés à la Douma.

Selon les résultats définitifs publiés vendredi, le parti favorable à M. Poutine, Russie unie, a remporté 324 sièges sur 450, une “super-majorité” suffisante pour adopter d’éventuelles modifications de la Constitution.

La manifestation, organisée place Pouchkine, n’était pas autorisée par la municipalité et “une forte présence policière avait été déployée […]. Mais aucune arrestation n’a été observée”, rapporte Al-Jazeera. Les responsables communistes ont cependant affirmé qu’une soixantaine de leurs membres avaient été arrêtés ces derniers jours.

“Les policiers diffusaient de la musique sur des haut-parleurs, probablement pour couvrir les discours prononcés par les communistes pendant le rassemblement”, ajoute la chaîne qatarie. Cela n’a pas empêché les manifestants de scander à tue-tête “Poutine est un voleur”.

Le vote électronique en question

La manifestation “était organisée par le Parti communiste, qui a gagné des sièges à la Douma lors de ces élections, mais dénonce les résultats du vote électronique, qui représente 2 millions de suffrages à Moscou”, écrit l’agence Associated Press.

Si les techniques habituelles de fraude – bourrage des urnes, manipulation des listes électorales, etc. – semblent avoir été utilisées pendant le scrutin, selon les observateurs, c’est le vote électronique qui cristallise la colère de l’opposition.

“Dans les vraies démocraties, le vote électronique permet d’obtenir les résultats presque immédiatement”, peut-on lire dans une colonne d’opinion du Washington Post. Mais lors de cette élection, le décompte des bulletins électroniques est arrivé “plusieurs heures” après “le comptage des bulletins de vote papier traditionnels”.

Radio Free Europe-Radio Liberty précise que “dans cinq circonscriptions électorales” de Moscou, des candidats de l’opposition “ont vu leur avance sur Russie unie s’envoler après l’ajout des votes électroniques aux résultats finaux”.

“Fausse démocratie”

Vladimir Poutine, qui rencontrait samedi les chefs des partis représentés à la Douma, a balayé les critiques, affirmant que le scrutin s’était déroulé “dans le strict respect de la loi”, selon l’agence Tass. Quant au bulletin électronique, c’est “une nouvelle méthode de vote que l’on ne peut empêcher, c’est comme le progrès technologique”, a estimé le président russe.

Il a également contesté les accusations de fraudes. “À Moscou, il n’y a pas de doutes sur la qualité du vote, c’est juste que certaines personnes ne sont pas contentes du résultat. Ce sont des choses qui arrivent”, a-t-il dit.

Dans ses pages d’opinion, Newsweek s’inquiète de la réaction des Russes et de la communauté internationale face à la “fausse démocratie” russe. “Il n’y a aucun signe de rassemblements de l’ampleur de ceux qui ont fait trembler le régime en 2011. Et rien ne laisse penser que le monde démocratique soit prêt à faire grand-chose non plus”.

Le magazine américain demande donc aux médias “de commencer par appeler un chat un chat. Arrêtez de faire semblant, en appelant l’opération récente une ‘élection’, en disant que Russie unie ‘a gagné’ ou en qualifiant Poutine autrement que de despote autoritaire […]. La fausse démocratie est un virus. La clarté est le vaccin”.

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